« Elles », un parcours fugace pour attendre l’année culturelle 2028

Bourges 2028 inquiète beaucoup, certains pour la fermeture de bien des musées (pourtant richement dotés !) de la ville, les travaux d’urgence devant mener à la réouverture in extremis notamment du Musée du Berry, alors que d’autres s’inquiètent de la Matrice qui semble étaler les projets bien au-delà de cette ville moyenne ayant décroché face à Nice notamment le titre de capitale européenne de la culture. Laissons la polémique et profitons notamment de l’agréable petit « Elles, parcours féminins de l’atelier au musée ».

CULTURE GÉNÉRALE ARTS ET BEAUX-ARTS

Franck Jacquet

7/14/20264 min lire

Bourges 2028 inquiète beaucoup, certains pour la fermeture de bien des musées (pourtant richement dotés !) de la ville, les travaux d’urgence devant mener à la réouverture in extremis notamment du Musée du Berry, alors que d’autres s’inquiètent de la Matrice qui semble étaler les projets bien au-delà de cette ville moyenne ayant décroché face à Nice notamment le titre de capitale européenne de la culture. Laissons la polémique et profitons notamment de l’agréable petit « Elles, parcours féminins de l’atelier au musée ».

Il n’y a pas que George Sand !

Les musées locaux (et parfois un peu plus éloignés de la capitale du Berry) ont prêté pour plusieurs mois à la Maison des Musées toutes sortes d’œuvres issues d’artistes berrichonnes de naissance, de passage, d’adoption. Une grosse dizaine de pans thématiques permet d’approcher des processus créatifs au féminin sur tous les types d’expressions, de la carte à jouer à la céramique en passant par la littérature ou encore la peinture. Les pièces sont modernes et surtout contemporaines, le XIXe siècle étant largement représenté.

On croise notamment la miniaturiste et graveuse Marie-Cécile Goldsmid, qui a créé l’une des représentations les plus emblématiques de l’Illusion lyrique des débuts de la IIe République, la lithographie intitulée « La République universelle démocratique et sociale ». On apprend que les femmes étaient nombreuses dans les maisons d’éditions familiales, n’étant pas considérées comme des artistes à part entière, mais étant associées à la « qualité féminine » de l’application à la reproduction, à la minutie, à l’attention… Une manière bien classique de réduire l’artiste à l’artisan (ce dernier n’étant pas dénué de génie par ailleurs). On découvre surtout plusieurs autres de ses dessins à la tonalité bien plus exotique. C’est donc l’un des personnages qui a connu l’invisibilisation comme beaucoup d’autres…

On connaît Vigée-Lebrun, qui a réussi à s’imposer notamment par Marie-Antoinette, mais au XVIIIe siècle elle ne fut pas la seule femme à exposer au Salon : Césarine Davin-Mirvault sort aussi du lot avec ses eaux-fortes notamment, et est récompensée pour un art qui n’est pas associé à l’industrie ou à l’artisanat selon les clichés de l’époque. Médaillée, elle l’est à plusieurs reprises y compris au début du XIXe siècle, mais il est difficile de nier qu’elle n’a pas bénéficié d’un milieu de la très haute bourgeoisie. Son rayonnement lui permit de créer sa propre école de dessin réservée aux femmes. Notons qu’ici est présentée une Marie-Antoinette en bergère : on ne peut pas franchir toutes les barrières d’un coup, et le topos préromantique colle bien à ce que l’on attend des femmes.

Les arts populaires sont aussi bien représentés avec des peintures sur peau, textile, boutons, cartes… anonymes mais qui viennent réellement donner une densité et faire montre de la diversité des territoires d’expressions des « invisibilisées ». Un éventail du second XVIIIe associant paillettes, soie peinte, ivoire montre aussi que la coquetterie existe bel et bien ! Ne passons pas d’un extrême à l’autre !

La Borne, un centre méconnu de création céramique

Près d’Henrichemont, à une vingtaine de minutes de Bourges se trouve un hameau à l’écart de cette « ville nouvelle » de Sully : La Borne. Ce territoire abrite depuis des siècles des artisans et artistes travaillant céramique et terres cuites émaillées. En amateur non connaisseur, je me demande toujours si La Borne est issue de la fuite des non protestants du monde de la faïence de Sancerre qui dominait avec Bernard Palissy… L’exposition abrite ainsi une section où Marie Talbot, issue du XIXe siècle, plutôt connue dans la région, est largement présente mais pas la seule représentante de sa gente. Certaines pièces semblent très familières ; on pourrait en imaginer quelques-unes au dernier Art Basel Paris ! Le travail de Berthe Saillard, dont des pièces des années 1970 sont présentes, mériterait lui aussi que Bourges 2028 lui dédie un événement : spécialisée dans le grès et la porcelaine émaillée, sa production a été très diversifiée même si cette décennie semble aujourd’hui la plus prisée, notamment pour sa polychromie.

L’Autre…

Cette autre (à côté de George Sand) est native du Berry, mais est connue dans le monde entier : Berthe Morisot est en effet berruyère plus exactement. La plus célèbre des impressionnistes n’est malheureusement présente que par une œuvre de jeunesse, « Jeune femme en blanc ». Il a le mérite de rappeler une part de l’archéologie de la série des bains…

Au final, on découvre ben des noms, mais pour ce qui est de la terre cuite, tout berrichon conseillera d’aller à La Borne voir les artistes à l’œuvre encore aujourd’hui ! Là aussi, on met une pièce pour 2028 ! Il y a bien des atouts dans ce terroir ! Et puis en sortant de l’exposition, n’oublions pas l’Autre, celle que tout le monde révère ici : la Cathédrale, immédiatement face à la Maison des Musées.

INFORMATIONS :

- Gratuit

- « ELLES, Parcours Féminins de l'Atelier au Musée » (Ancienne salle des célébrations de la Mairie de Bourges)

- Du mardi au samedi de 10h à 12h et de 14h à 18h

- Du 01 avril au 31 octobre 2026

- Place Etienne Dolet 18000 BOURGES

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